la manière dont je te verse à boire

November 13, 2015

temps de lecture : 3 minutes

Voici un extrait du livre Du bon usage des crises de Christiane Singer. Il s’agit de retranscription de différentes conférences qu’elle a donné dans les années 90. Je l’ai découverte dans la dernière entrevue du livre Vivre relié à l’essentiel. Ses mots m’ont profondément touché, j’en avais les larmes aux yeux. Un jour, je retombe sur elle dans la vitrine de la bibliothèque municipale et je me souviens de l’émotion qu’elle m’a offert. Cette femme a un talent incroyable pour toucher le coeur et l’âme avec des mots. Elle transmet une énergie qui me transporte, amplifie l’amour en moi après chaque lecture. Une grande source d’inspiration.

 

Comment pardonner quand on a beaucoup souffert?

Il est important de comprendre que chaque réconciliation, chaque pardon a un rayonnement sur l’entière société. “Réconcilie-toi d’abord avec ton frère et reviens après.”

Cela signifie que nous devons aller nous réconcilier avec nos hommes, nos femmes, et revenir après pour discuter! Vous rendez-vous compte de ce que cela signifie? Transmuer en nous ces énergies qui nous habitent, ces haines, ces ressentiments qui sont en nous et qui, à un autre niveau, engendrent la guerre sur terre?

Alors seulement commence la responsabilité envers le monde quand on s’aperçoit combien de choses on fait souffrir de sa souffrance, combien de choses et de gens et d’être étouffent de notre étouffement, de notre ressentiment, de notre haine, que de choses sont prises dans le réseau de nos désespoirs, que de choses nous entraînons dans nos dépressions, combien de plantes meurent autour de nous dans notre appartement, combien de morts entraînent nos dépressions. Prendre conscience de toute cette queue de comète que nous entraînons avec nous dans une existence! Prendre conscience de ce qui se produit dans un renversement, un reversement d’une modestie infinie, quand nous commençons à prendre au sérieux les gestes que nous faisons sur cette terre. Quand je commence à comprendre les conséquences qu’a la manière dont je te verse à boire, dont je te tens la main, dont j’entre dans le jour au matin, et avec quelle pensée! Est-ce que je vais grossir ce nuage noir au-dessus de la ville, ce nuage noir de pensées mauvaises, de ressentiments, de tristesse, de colère, d’impuissance ou est-ce que je pose en ouvrant les yeux une autre image, un autre accent? Est-ce que je crée un autre champ vibratoire où d’autres peut-être en attente vont pouvoir, comme dans un réseau d’ondes, se brancher à leur tour? Peut-être que quelqu’un aujourd’hui a eu une pensée d’amour, et sans le savoir je l’ai captée? Que de choses, et que d’êtres nous entraînons dans le savoir dans le réseau de nos lumières, de nos espérances, de nos images!

J’ai cité une anecdote dans Les Âges de la vie, un fait divers qui m’avait ébranlée. Un employé des chemins de fer était entré dans un wagon frigorifique pour le nettoyer, et la porte s’était refermée derrière lui. Et le voilà enfermé dans ce wagon. Comme c’était un vendredi soir, il est resté tout le week.end dans ce wagon frigorifique et évidemment il est more de froid. Seulement voilà, la réfrigération n’était pass branchée et il y avait 18° dans le wagon! À l’autopsie, son corps a montré tous les symptômes d’une mort par refroidissement. Cet homme est donc mort de la représentation qu’il avait du froid. Il est mort de son imaginaire! C’est quelque chose d’extraordinaire! Nous vivons et nous mourrons de nos images, pas de la réalité. La réalité ne peut rien contre nous. La réalité n’a pas de pouvoir contre nous. C’est la représentation que nous en avons qui nous tue ou qui nous fait vivre. Imaginez le contraire, imaginez un employé des chemins de fer enfermé dans un wagon frigorifique branché mais qui survivrait en visualisant le soleil tout un week-end. C’est aussi possible. Bien sûr que c’est possible et c’est ce que nous avons à faire dans cette société où nous mourons de froid, où nos coeurs meurent de froid. Les pensées négatives sont puissantes et nous aspirent vers leur noirceur. Et la même force est à notre disposition dans la ferveur.